C’est jamais bon

Partir la tête haute. Le menton vers l’avant. Pas par provocation, pas par amusement. Plutôt par inconscience.

Je n’ai jamais été un très bon élève, un mec du premier rang, un habitué des félicitations. Rattrapages, échecs, le fond du classement, je connais.

On ne s’habitue vraiment jamais. Ce n’était pas mon objectif, assurément. Mais, par la force des choses, j’ai quelque peu multiplié les sessions d’examens.

Je passe outre mes faiblesses révisionnelles, pour en venir au jour J, beaucoup moins mou.

Complétement décalqué, mal remis d’une veillée tardive, le réveil d’un jour d’examen n’est jamais doux.

Douche-Nutella-Jus d’orange-Nutella-Vêtement-Nutella-Les dents-Les cheveux. Parfois tout à la fois. Puis en avant la musique. Comme beaucoup, j’avais ma playlist guerrière pré-exam. Avec quelques ratés, hasard de la fonction shuffle. Je ne maitrisais pas toute la programmation. Le « We will rock you » de fin de cursus était stimulant. Le « Fuck you » de Lilly Allen avant l’examen de reconnaissance botanique, beaucoup moins.

Le chemin faisant, je déroulais mes yeux sur mes fiches fraichement terminées, tel Rainman, la mémoire photographique en moins. Je croisais quelques compagnons d’infortune. Certains concentrés à l’extrême : T-shirt à la place du caleçon et chaussettes bicolores au-dessus du jean. D’autres déjà épuisés d’avoir pensé à tout ce qu’ils allaient rater.

Coucou, bonjour, comment va, Tac-Tac, Check, bisoubisou. End of prelude.

Ma petite table, ma petite chaise, ce métal froid qui te rappelle que le désespoir inonde la salle. Des gens agars, apathiques, comme gélifiés. Et puis il y a les autres. Ceux ne stressant pas. Les largués, les rien-à-perdre, les rien-à-foutre, les inconscients. Je fais partie de cette dernière catégorie.

Peu importe le nombre d’heures, de minutes, plutôt, passées au-dessus du bureau, mon cerveau n’émet aucun signal d’alerte. Je vous vois venir : « Nan mais de quoi il se plaint, c’est top de pas stresser ». Généralement, pourquoi pas. A cet instant, ce n’est pas toujours utile. Sombrer en souriant longuement pendant que le navire prend la flotte. Se dire que c’est quand même vachement beau, la vue, alors que le parachute refuse de s’ouvrir. J’ai d’autres exemples.

Concours de première année, ma première fois. Je me suis dit que je maitrisais quand même pas mal les maths. Surtout les petits cubes, là, les matrices. Et les transformées de Laplace, ça en jette. Trois petits jours dessus, lors de ma découverte de la BU, deux semaines avant le concours. Je me suis vu avec 15. J’ai eu 4.

Mycologie, deuxième année. Je suis allé à l’oral de mycologie en ne connaissant qu’un champignon : la truffe. Melanosporum, je m’en souviens encore. Par contre, aucune réminiscence des champignons de Paris. Surement classé en tant que fruit, dans mon esprit. Pouf, repêche.

Physiologie, troisième année. Le sujet : organes des cinq sens. J’ai fait un joli dessin. Me couper l’oreille et la coller sur la copie auraient fait meilleur effet. 6/20.

UE de quatrième année : microbiologie. « Est-ce que le chloramphénicol est encore un antibiotique utilisé couramment ?» Réponse : parfois oui, parfois non. Malgré la véracité de ma réponse, il a fallu que je revienne en deuxième session. Inexplicable.

Gestion officinale, cinquième année. Lecture et analyse des comptes annuels d’une pharmacie. Hummmm… Ça ne me parait pas très très bon, ce bilan financier. Non, j’ai pas mieux, Mr.

Examen validant ma capacité à effectuer des préparations, sixième année. J’ai mis une étiquette rouge de dangerosité sur toutes mes pommades. Principe de précaution. De toute façon, j’avais oublié mes feuilles contenant les doses d’exonération.

Inconscient avec une spécialisation « épreuve de vitesse », tout de même.

Tant qu’à être dans une salle inconfortable d’examen, autant y rester le moins longtemps possible. Nous étions deux à nous partager les victoires en épreuves de sprint. Monsieur S était un grand rival, dans un autre style. Immense et lymphatique, son efficacité dans la sortie prématurée était légendaire. Pas de coups bas, de croche-pattes, entre nous. Le dernier regard vers la salle, avant de partir, était le seul éclair de nos journées de partiels.

Je ne suis inconscient que vis-à-vis des examens scolaires, rassurez-vous. Mais j’aimais le temps de ces sorties rapides, comme un gamin pressé d’être premier dans la cour de récréation.

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3 réponses à “C’est jamais bon

  1. Un mythe s’écroule, pour moi t’étais vraiment un héros , un boss de la biologie moléculaire…M’enfin. Je ne retiendrai qu’une phrase de ton article : « Tant qu’à être dans une salle inconfortable d’examen, autant y rester le moins longtemps possible ».

  2. C’est bien vrai tout ça. Par contre je me souviens pas ce toutes ces épreuves moi. J’étais où ??

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