Première fois

Observez la pharmacie. Approchez vous. Tendez l’oreille. Regardez d’un peu plus prés, jusqu’à ne plus savoir loucher.

Il est l’heure d’y rentrer.

Ce premier jour, ce nouveau travail, cet endroit à découvrir.

Pour tout vous dire de ce qui est avouable, j’en ai déjà fait le tour de quelques-unes, plus d’une dizaine même… Mon grand âge vous salue bien. La règle de trois est donc simple : autant de premiers jours que de nouvelles officines visitées.

La nuit qui précède est généralement pauvre en sommeil. La sensation de ne plus rien savoir est bien présente, presque oppressante. On ne réfléchit plus, plongé dans ses cours et ses fiches poussiéreuses, plus par désespoir que réelle utilité. Les pensées confuses hantent le caisson vide de notre cerveau :

La dose maximale d’amoxicilline, je l’apprends en milligrammes par kilo ou je me fais un tableau Excel dynamique croisé avec les kilos en abscisses, les milligrammes en ordonnées, de 0 à 172 kilos, pour être complet ?

Je suis sur que je vais me taper une belle interaction médicamenteuse à la con… C’est sur. Heureusement que je révise. Parce que le dialysé avec son cinacalcet qui marche pas bien à cause de son jus du matin mi-pamplemousse mi-aspirine, je vais me le taper à 8h demain matin, c’est sur! (C’est faux)

Et ça marche comment déjà, un nébuliseur ultrasonique… Donc tu mets les petits tubes dans les narines et la buée sortirait par les oreilles…? Forcément, ça débouche… mais je loupe un truc, là, non…?…

Puis vient le jour J. Comme « J’ai peur », « J’vais être en retard », « J’ai mal dormi », « J’veux pas y aller », « J’vais appeler maman »…

Le teint aussi halé que ma blouse blanche immaculée, l’entrée est timide. Je viens travailler mais je fais la queue comme tout le monde. Je ne voudrais pas passer pour un malotru, non-non.

Après le classique « bonjour, je suis le nouveau! », débute la phase d’apprentissage. Ou plutôt le gavage d’informations.

Il est tout d’abord nécessaire de vous avertir que toutes les pharmacies fonctionnent de la même façon. Il y a des ordinateurs, des tiroirs à médicaments et des boîtes un peu partout. Et c’est tout. Chaque pharmacien gère ensuite son officine à sa sauce. Et par sauce, je retiens bien la notion du mélange, qui donne un beau bordel organisé.

« Pour les tiroirs, on a fait simple. C’est par ordre alphabétique, rangé par nom de spécialités. Les génériques sont là-bas, rangés par labo, parfois par couleurs si elles sont grandes. Les pilules, ça dépend. Les pansements, ça dépend. Les sachets, ça dépasse. C’est clair? »             Euh………je peux dire non ?

« Alors, les produits vétérinaires, ils sont en haut, là, au dessus du tiroir inaccessible. Le tabouret pour l’atteindre, tu le trouveras, en bas, dans la cave, à gauche des toilettes, derrière les présentoirs,  après la chaudière, non loin des bains de bouche, au fond du préparatoire fermé par une clé. »

Reste ensuite à maîtriser le logiciel pharmaceutique. Les yeux figés, me voilà devant un minitel. Enfin un pc transformé en minitel. Bleu, jaune, vert, parfois toutes ensemble, les couleurs font trembler la cornée tandis que l’iris se barre derrière la paupière. Valider une ordonnance revient à s’allonger sur le clavier, afin d’atteindre les 4 touches nécessaires à la manipulation. Si vous utilisez vos doigts, attendez vous à des courbatures de phalanges le lendemain.

L’ensemble du fonctionnement de la pharmacie étant assimilé, je ne vois pas quel problème pourrais venir se superposer lors de cette grande première…         Ah, les patients! Car un petit nouveau, ça ne passe pas inaperçu.

Vous faîtes plutôt jeune ? On va vous prendre pour un étudiant, un stagiaire de 3ème, au pire pour le fils de la pharmacienne. Les gens se demandent même si vous n’êtes pas un passant ayant fini par inadvertance derrière le comptoir par ce qu’il y fait doux, climatisation oblige.

Vous faites plutôt vieux? 48 fois par jour, on va vous demander si vous avez racheté, si vous êtes bien le nouveau patron et ce que vous avez foutu de l’ancienne équipe. Au pire, ils se diront peut-être que le pharmacien a gentiment récupéré un papy égaré dans la rue et qu’il l’a planté là en attendant de pouvoir appeler l’hospice.

Éreinté, la fin de la journée pointe. J’enlève enfin ma blouse, les billets sont comptés, les spots éteints, les médicaments commandés, l’équipe déjà partie. Tu finis seul, fermes la porte, et respires enfin.

tuuuuuuuuuuuuuuuuuu et merde….tuuuuuuTUUUUUUUU… l’alarme….TUUUUUUUUUUUUUUUU

Ce sera mieux demain…

Advertisements

3 réponses à “Première fois

  1. Expérience(s) vécue(s) ! Il m’est arrivé aussi, en revenant de 15 jours de congés, de voir les présentoirs derrière le comptoir tout chamboulés, et de passer le premier jour à demander aux préparatrices « dis-moi, où se trouve… ? »
    Et quand les génériques se trouvent sur des étagères spéciales et/ou rangées dans les tiroirs à leur place ou/et sous le nom du princeps ?

  2. Hi!

    ‘le nébuliseur ultrasonique’, c’est juste trop ça ! J’y ai eu recours 2 fois et, le moins que l’on puisse dire, c’est que les explications du pharmacien étaient effectivement sibyllines. Un peu plus et je me défonçais encore un peu plus le tympan en me court-circuitant la trompe d’Eustache :p

    Pas facile facile la vie…

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s