One pill twice a day

Toute faculté de pharmacie est unique, différente. Un concours particulier, un système d’enseignement local, des étudiants organisés en « promo », aucune n’est parfaitement la copie d’une autre. Pourtant, les langues étrangères échappent à ces spécificités. Pardon, l’anglais, plus que des langues non françaises. Point de russe, chinois, japonais, espagnol ou portugais, l’université étant comme d’habitude en avance sur son temps.

Je sais tout à fait qu’on ne choisit pas une faculté scientifique pour apprendre le hongrois ou perfectionner son mandarin. Cependant, on peut se demander si programmer quatorze heures de cours par an, ce n’est pas un peu sous-sous-sous-évaluer la nécessité de l’anglais médical dans notre futur travail.

Ecouter, regarder, faire quelques cas de comptoir. Voici un court résumé de mes six années d’anglais à la fac. Soit environ 32h de cours, si on enlève les cours annulés, les problèmes de salles, les goûters de début-milieu-fin d’année, le son qui ne marche pas et donc il faut appeler régis le technicien qui bosse que le lundi de 11 à 12, et surtout le fameux problème de clé dans la porte qui ne s’ouvre pas et on n’a pas de solution, ça serait trop beau.

Essayer de devenir un pharmacien polyglotte revient à échouer devant un écran pendant qu’un flot inaudible de mots inonde votre cerveau (Etre polyglotte n’est pas une maladie : la glotte ne se multipliant pas, vous pourrez tout à fait continuer à manger du pudding). Généralement, le support est un documentaire présentant l’intérêt de l’arrête de requin pulvérisée dans le traitement des rhinopharyngites invasives. Le débriefing avec le prof est toujours un moment magique. « Et donc, qu’avez vous retenu ? Qu’en avez vous pensé ? « . L’ensemble de la classe est alors de retour au collège, là où la peur de dire une belle connerie surplombe largement le courage de prendre la parole. Ce sont donc une vingtaine de carpes qui fixent les pieds d’un professeur d’anglais se demandant comment il a pu croire que venir en pharmacie le changerait de son quotidien. FAIL of ze choix de carrière.

Les situations type « comptoir officinal » ne remontent pas le niveau :

« Oh, goodday, i have burn my eyes! »

-bonjour, j’ai les yeux qui me brûlent-   (Traduction des pensées)

« Oh, how do you do? »

-comment cela est arrivé?-

« Euh, i looked in the sky. Very sunny! »

-le soleil m’a irrité les yeux-

« So, i have got good product. Put it in the morning, put it in the afternoon and put it in the diner. »

– j’ai un très bon collyre : à mettre matin, midi et soir-

« thank you »

Tonnerres d’applaudissements, larmes et cris de joie, actor’s studio à la marion Cotilllard.

Puis vient la suite. Le grand lâcher de pharmaciens post-diplôme. Tels des lapins éblouis par des phares, ils constatent rapidement que le français ne suffit pas toujours. Oh maï Gaud.

Expliquer une prise en charge peut déjà s’avérer difficile sans la barrière linguistique. Les « Hein? Quoi? Comment? Vous pouvez répéter? » sont légion, en réponse à un discours qu’on pensait pourtant parfaitement clair. La venue d’un interlocuteur anglais fait de suite passer la délivrance pharmaceutique au level « Armageddon ». Il est d’abord nécessaire de comprendre la demande. D’une durée fort variable, cette étape clé est souvent accompagné d’un échange de regards vides, entrecoupés de mouvements de mains spasmodiques. On hurle des phrases sans verbes, on gribouille des bonhommes moches et malades sur un bout de papier, tout en mimant le fonctionnement du tube digestif, ou un organe indescriptible. Puis on capte une information, un indice, une certaine lueur d’espoir. La course cérébrale n’est pas finie. Il est maintenant temps d’expliquer.

Les mots rebondissent contre les parois du cerveau telle un balle d’une partie de squash. Ce qui sort de la bouche est incompréhensible, au mieux franchement portugo-allemand.

« Take that » « Three fois » « Before miam-miam » « No pain, no aie aie aie »

La classe internationale.

J’ai moi même échouer lamentablement dans quelques essais de traduction, toujours dans le but de sauver mon prochain, tout de même. Point d’orgue, en 4ème année. Un patient anglais m’a dessiné ce que j’ai cru être un joli soleil. Lui voulait un vermifuge…

C’est honteusement que l’on se rend alors compte qu’on aurait du aller un peu plus en cours d’anglais à la fac… Comment cela, vous n’avez pourtant raté aucun cours ?

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10 réponses à “One pill twice a day

  1. La solution? google traduction et un clavier sans fil au comptoir, çà évite bien des quiproquos sur l’énoncé des symptômes 🙂

  2. Je dois avouer que dans notre fac, on a eu pas mal de cours (60h en tout me semble-t-il). Bref ça devrait permettre de bien se débrouiller au comptoir même si ce n’est pas forcément mon cas.
    En attendant on peut noter qu’on a eu autant de temps consacrés à l’anglais qu’en orthopédie, maintien à domicile et dermato (conseils) tous réunis.

  3. Nous à la fac, on a quand même eu pas mal de cours d’anglais en deuxième, troisième et quatrième année. Une heure et demie par semaine grosso-modo. Et pour quoi faire ? –> Préparer le TOEIC
    Pendant trois ans, tu apprends de la grammaire, de la conjugaison et le vocabulaire… du bureau, du restaurent, bref les thèmes qui tombent au TOEIC.
    Au final, le TOEIC, il n’est valable de que deux ans. Bref, ça sert à… rien.

    Par contre, dans la promo, tu peux être sûr que plein de gens dans la promo ne connaissent même pas le vocabulaire usuel de la santé : comment on dit « poumon », « rein », « foie ». Alors les trucs plus poussés genre vermifuge, j’t’en parle même pas. Et moi l’premier… euh…

    Bref, l’anglais à la fac de pharmacie, c’est tip top.

  4. Mister,
    May I help you?

    Well, listen, I’ll give you a chance to make a good affair, sure you’ll appreciate. So first let me have a look to the agenda, meanwhile I need your weight so put your foot on the balance. Ok, perfect. So here it is, you’ll take twice pill a day, and as I am comprehensive, I give you that one too complementary: take it after the douche.
    If you have any bowel disorder (movement, pet), I advise you to stop the treatment. What? You’ve got diahrea? Please, my cabinet is on your left after the corridor.

    Ok goodbye, enjoy your visit! Oh, you leave tonight? Well, have a good journey!

    Les méchants copains veillent !

  5. Hey rigole pas trop : ça n’a pas été facile de caser 12 faux amis ! Le Google Trad doit valoir la peine :p

  6. C’est différent mais le résultat est identique.

    Ici, on a eu je pense l’équivalent de 2h par semaine, la moitié de l’année de la 2e à la 4e année. On a appris du vocabulaire de la santé. On a jamais fait de jeu de rôle pharmaceutique. On a regardé des films sur le réchauffement climatique et les conséquences de manger MacDo à tous les repas pendant 1 mois. On a dû faire toutes les leçons de niveau débutant de « anglaisfacile.com » (à la maison bien entendu, ça n’a jamais été traité ou discuté en cours). Le partiel était 50% de par cœur sur les documents (donc pas d’anglais, enfin si, il fallait répondre en anglais, mais se souvenir des mots du texte à trou fait en cours 2 mois plus tôt c’était vraiment évaluer notre anglais, sans aucun doute), 50% des exercices tirés mot pour mot d’anglaisfacile.com.

    L’anglais à la faculté de pharmacie ? Ca m’a permis de régresser dans le peu que je savais de l’anglais.

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