Férié, vous avez dit férié ?

Un jour férié est un anti-jour pour moi. Une journée pharmaceutique en pire. Veille de Noël, Ascension  Fête nationale, j’ai construit une allergie progressive à ceux-ci. Depuis que j’ai escaladé ma première année de concours, ils m’ont toujours poursuivis. Je ne souhaite pas bosser, on viendra pourtant me chercher. Malédiction personnelle.

Il est déjà rare d’apprécier travailler pendant que beaucoup stagnent en étoile de mer sur leur balcon. Oui, même un premier janvier. Oui, même à Brest.

Plus étrangement, on constate que ces même gens se découvrent une passion pour les visites officinales en ces jours bénis.

L’équation est alors simple :

(Personnes + glandouille) x maladie (Variable de 0 à 1) +  constante de WTF = Situations à risque

Rajoutez à cela que les fournisseurs ne livrent pas : il faut donc se débrouiller avec les fonds de tiroir. Je me mets donc en mode « Druide », barbu et sage, afin d’affronter le chaos.

Il y a par exemple le patient mystère. Mystère pour les autres, mais aussi pour lui. Telle une mouche égarée, surement attirée par l’odeur de propolis, le voilà devant le comptoir. Il n’en sait pas plus. Pourquoi, comment, pour qui, pourquoi maintenant ? Il n’a rien. Ni ordonnance, ni papiers, ni liste. La carte vitale était tout de même attachée autour de son cou. Une précaution de sa femme, sans doute. La discussion pharmaceutique peut être variablement longue, mais il ne repartira pas tant que son problème intérieur n’est pas résolu : s’il est entré, c’est surement pour une raison. La solution la plus efficace consiste à le laisser dans le placard obscur d’orthopédie jusqu’à éclosion spirituelle.

Les demandes de produits antiques sont aussi nombreuses. Je pense qu’il existe un réflexe physiologique amenant les gens à fouiller dans le placard à pharmacie la veille. Arrive alors une effrayante révélation : les médicaments sont périmés. Le lendemain, c’est un défilé de vieux machins :

« Donnez moi de la Solutricine°, svp! »        Les bonbons, c’est pas ici.

« Il vous reste du Diantalvic° ? »                   Sous le manteau…Hinhin.

« J’ai besoin d’Imocur°! »                               Qui a des bactéries ?

« L’oropivalone°, ça se fait plus? J’en ai acheté la semaine dernière »      Dans une brocante?

Les « urgences » restent les cas les plus difficiles. Sans livraisons, il ne nous reste que notre blouse et nos couteaux. Nos stylos pardon. On ne réalisera pas de trachéotomie ou d’amputation, tout manuel que nous sommes. Pourtant, il suffirait d’annoncer une absence de dilution homéopathique pour générer une crise d’angoisse de haute intensité chez une patiente. On en voit tous les jours, sortir sous perfusion de diazépam pour un malheureux CH… Reste l’urgence ingérable. L’homme névrosé courant toute la ville à la recherche de ses gommes nicotiniques deux milligrammes sans goût mais un peu citron quand même en forme d’étoile qui fondent sous la langue mais pas dans la bouche. Là je pars prendre ma pause.

Et puis il y a les gens qui assument. C’est un jour férié, pourquoi se cacher derrière une image alors que l’on a fait que glander toute la journée ? D’où un débarquement dans un style que je qualifierais de « demi-pyjama ». Les hommes ont tendance à négliger le bas, jogging-charentaises pour les plus aventureux. Pour les femmes, c’est plutôt le haut, avec une coiffure type pétard mouillé et un haut sex-pistols, sans le sex. C’est la sortie de la journée donc visite intégrale de la pharmacie en bonus. Achat de disques à démaquiller, de rasoirs, une petite boîte de Doliprane° au passage. Tout ce qu’on aurait aimé faire en ce jour férié.

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4 réponses à “Férié, vous avez dit férié ?

  1. Ton équation résume bien la situation. Ce qui me chagrine c’est que je suis moi même allée voir mon pharmacien avec un top à l’effigie de Sid Vicious, et ma robe de chambre (oui, initialement j’avais juste prévu d’aller acheter des pieds de cochons pour les manger devant Les Feux De L’amour) pour le renouvellement de mon anti-CH alpha… et c’était à Brest alors je me demandais si par hasard… Mais non, tu confirmes ? C’est bien ce qu’y me semblait ;p

    La bise !

    • J’étais moi-même recouvert d’une belle blouse immaculée, avec deux tena dans chaque bras. J’ai tout de suite vu une energie intense se dégageant de toi. La fièvre, ça ne trompe pas. 2,02 € siouplait pour le doliprane.

  2. ha ha c’est pas férié aujourd’hui mais c’est dimanche et je suis de garde. Ton blog m’a au moins rendu le sourire pour la journée. Nos vies sont pareilles malgré la distance, je travaille à la frontière belge près de Lille… Personne ne vient pour les Durex chez toi ? « et bon dimanche monsieur… »

    • Great interview by Carol. That is exactly the way such crackpots should be treated. The media should not pretend they have a valid point when they lie and smear with hate speech. Good for Carol for calling out Fischer and telling it like it is. Now THAT is real jorlanuism — not allowing people to lie. It’s is great to see it for a change.

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