Levez la main

Je souris souvent. J’ai parfois du mal à ne pas sourire plus fort. Je ris aussi. Je pleure de joie. Je m’étouffe en riant. Je meurs de rire.

J’ai des réactions humaines à des demandes extraterrestres. Je remercie chaque patient qui ose poser les questions qu’il juge nécessaire à la compréhension de sa prise en charge. Mais je vous laisse juger de la qualité de certaines dans quelques situations particulières.

« Je voudrais du mascara pour couvrir les racines blanches de mes cheveux, car je n’ai pas le temps de refaire ma couleur. Et waterproof s’il vous plait. »

Je veux bien que l’on pense que les études de pharmacie sont générales et conséquentes. Je veux bien qu’on puisse croire qu’un pharmacien conseille bien. J’admets tout autant que j’ai absolument compris la totalité de la requête. Mais bon. Il me semble qu’une étude approfondie du raisonnement qui l’a poussé à envisager cette solution est nécessaire. Bien entendu, la patiente est repartie déçue : je n’avais que de l’ichtyol sous la main (plus ou moins semblable à du goudron).

« Je souhaiterais un produit pour teindre les poils de torse. »

Messieurs, sachez que je souffre. Je souffre de savoir que cela existe. Je souffre en pensant aux miens, de poils, délicatement et naturellement entretenus. Je souffre aussi de ne pas avoir de solution miracle, à moins que vous souhaitiez aussi perdre vos tétons.

« Je voudrais un traitement homéopathique contre la dengue et le palud. »

Je suis resté sur le cul. Pardonnez-moi. Mais analysons la phrase. Traitement et homéopathie : paf, un oxymore. Homéopathie et dengue-palud, repaf, deuxième contradiction. Comment voulez vous que je réponde à une demande hallucinogène ? Monsieur est reparti sans Apis melifica. Mais avec un bon sermon.

« Bonjour, je me suis un peu coupé, vous auriez un pansement ? »

Dans ces cas-là, il y a deux types de patients : les chochottes et les autres. Là, c’était un « autre ». Bras sous le manteau, inondé de sang. Épiderme, derme, hypoderme, tout cela formait une belle escalope, reposée délicatement par le patient, à peu près à sa place initiale. J’adore m’occuper des bobos suffisamment petits pour être réparables à la pharmacie. Là : Pinponpin pinponpin.

« Je ne sais pas trop si vous pourrez me répondre, je préférerais peut-être voir une dame. Ça ne vous dérange pas ? »

L’introduction est plus que normale. Je laisse bien entendu une collègue prendre la suite : les secrets de femmes ont souvent leurs raisons. Celles-ci s’enferment dans le local de « confidentialité ». Quelques minutes passent. Ma collègue sort avec un large sourire, la patiente s’éloigne elle aussi, visiblement rassurée. La jeune et jolie demoiselle désirait en réalité savoir si sa poitrine avait besoin d’un gonflement artificiel. Ma collègue a donc observé de longs moments ce problème qui n’en était finalement pas un. Je n’ai vu qu’une seule fois ce type de demande. Et je me dis qu’il serait bon d’inclure ce type de dépistage dans les futures missions du pharmacien…

« Je peux rester vous regarder ? Vous me rappelez mon fils. Les mêmes yeux bleus… »

Il semblerait qu’on m’appelle au fond. Heho, les collègues ? HEHOOOO vous avez besoin d’aide, non ?

« Je voudrais des préservatifs. Pour mon fils, au cas où, pour en avoir à la maison. Mais je sais pas, mais alors pas du tout, la taille qu’il veut. »

D’un côté, ça me rassure que vous me disiez ça. Vous m’auriez annoncé la morphologie et la taille, j’en aurais conclu que vous lui donniez encore le bain. De l’autre, je me dis que fiston pourrait quitter le canapé pour venir choisir ses outils. C’est un peu comme le choix des chaussures : tu viens par toi-même, avec maman si tu veux, mais c’est ton pied qui finalement rentrera dedans. Pas celui de maman.

« Bonjour, je voudrais des protéines de cheval. C’est une copine qui m’a dit que ça faisait maigrir. »

Tout d’abord, change de copine. Puis change encore, au cas où. Ensuite, je pense que tu manques d’iode (Cf la définition du crétinisme).

« J’aurais besoin d’une s-o-n-d-e  e-n-d-o-v-a-g-i-n-a-l-e » dit tout tout tout doucement. « Et vous auriez aussi le nom d’un gynéco qui pose ce truc dans le vagin ? » dit tout fort.

Si c’est vous qui faites des gaffes, ne comptez pas sur moi pour aller vous repêcher. Mouahahahahahahahahah.

Donc continuez à poser des questions. Au pire, on rira bien ensemble.

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12 réponses à “Levez la main

  1. J.aurais été écroulé aussi, mais hier j.ai appris que le mascara pour cheveux existait. #shame

  2. Je ne savais pas qu’on pouvait venir regarder un blond aux yeux bleus dans une officine. Je retiens.

  3. Bon ça commençait bien ta note, j’avais même esquissé un sourire, quand soudain LA FAUTE professionnelle…
    Je veux bien croire que tu es de bonne foi mais quand même, une EVTFM ça ne se fait pas en pharmacie non d’une pipe!
    Cet examen sérieux se pratique par des personnes formées et on obtient un Pink Esthétique Score qui va déterminer à la fois la nécessité ou non de poser un implant, mais aussi parfois un EFTMF…

    Donc stop au grand n’importe quoi!

    Titulaire d’un DU Esthétique et Implant je suis parfaitement apte à réaliser ces examens, je te donnerais mon adresse en MP afin que tu saches à qui adresser, car votre rôle est celui ci, adresser aux spécialistes de la chose les cas complexes.

    Tu es jeune, je ne veux pas que tu aies des ennuis donc je ne dirais rien à l’Ordre des Pharmaciens…

    Dernière chose, cet examen est gratuit dans mon cabinet car je ne suis pas un de ces médecins qui courent après les Euros, je ne suis pas médecin en fait mais dentiste donc tu peux m’envoyer les plus beaux cas en toutes confiances.

    Ne me remercie pas,
    Bien Cordialement

    Fred Le Dragon

    EVTFM: Evaluation Visuelle et Tactile de la Forme Mammaire
    EFTMF: Evaluation de la Forme et de la Tonicité des Muscles Fessiers

  4. « Tout d’abord, change de copine. Puis change encore, au cas où. Ensuite, je pense que tu manques d’iode » Allez, dis le nous, tu l’as vu son goître ?!

    Bon sinon, ne change rien chouchou, tu m’éclates. Bisou

  5. Pour les coupures/blessures je suis d’accord avec toi. L’appréciation de la gravité d’une plaie varie tellement d’un personne à l’autre, c’est dingue. C’est pour ça qu’au téléphone je dis toujours au patient de venir au cabinet me montrer la plaie 😉

    Si non moi aussi je rigole toute seule, souvent. Les gens me regardent bizarrement dans le métro. Je m’en fous. 😀

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