Définition

Voici venu le temps de la promotion du métier de pharmacien. Vous avez pu constater que je ne suis pas toujours un fan de l’ensemble des membres de ma confrérie. Aujourd’hui, j’oublie tout, je ne serai qu’amour et absolu. Point de subjectivité, de subterfuges, d’entourloupettes, je vous raconte l’homme sous la blouse, la femme au bureau, les enfants dans les tiroirs à médicaments. La famille idéale. Vous y croyez, vous êtes bien assis ? Nous pouvons donc commencer.
Prenons déjà la définition wikipédiesque :

Le pharmacien est un professionnel de la santé, successeur de l’apothicaire depuis 1777. Dans de nombreux pays, ils possèdent le titre de Docteur en pharmacie (Pharm.D dans les pays anglo-saxons). En France, par exemple, il l’obtient après soutenance d’une thèse d’exercice et proclamation du serment de Galien.

C’est beau ce chiffre 1777, hein ? Je sais même pas d’où ça sort. Une année de coupe de monde de foot, surement. Nous sommes bien des docteurs sinon.  Il nous faut entre trois mois et douze années pour finir une thèse monumentale. Un projet fou, le plus souvent, qui révolutionne le monde la science. Vous n’avez qu’à aller vérifier le nombre de Nobel, pharmaciens de leur état, pour certifier mes dires.

Le pharmacien est essentiellement connu comme le spécialiste du médicament que ce soit au sein d’une pharmacie d’officine, d’une pharmacie hospitalière ou de l’industrie pharmaceutique. Mais, de par sa formation médicale et scientifique polyvalente, il intervient également dans beaucoup d’autres secteurs comme la biologie médicale, la santé publique, la recherche ou l’enseignement.

Spécialiste du médicament, c’est bien notre fond de profession. Chimie minérale, chimie organique, chimie analytique, biochimie, autant de matières validées qui nous permettent de synthétiser du paracétamol avec deux bouts de tarte au citron. Surtout en sachant que nombre d’entre nous les revoient plus d’une fois par an, lors d’examens « complémentaires ». Notre polyvalence est sans limite : aspirine, ibuprofène, homéopathie voire même bracelet anti-moustiques.

Le caducée des pharmaciens correspond à la représentation du serpent d’Epidaure et de la coupe d’Hygie. La symbolique en est la suivante : le serpent déverse son poison dans la coupe qui le transforme alors en remède.

Merci pour l’info. Si c’est pas vrai, c’est pas bien grave, on a tendance à le trouver plutôt moche ce dessin. Mais le tatouage du caducée en haut de la fesse gauche est requis dès la quatrième année, moment du choix de la filière. Le mien est bleu, plus sympa à montrer en soirée.

Une grande partie de ses connaissances est commune aux médecins. Ainsi, le pharmacien peut établir un plan de pharmacothérapie, faire le suivis de la thérapie médicamenteuse, diagnostiquer les problèmes en lien avec le médicament ou encore interpréter les résultats d’analyses médicales.

Je vous assure que ce n’est pas moi qui ai été rajouté ça sur Wiki. Penser à me redire de rémunérer grassement l’auteur tout de même.

Quelques questions m’ont été posées par ailleurs (merci aux twittos participants) :

lenatrad ‏@lenatrad Est-ce qu’il est salarié ? Libéral ? Intéressé aux ventes (si salarié)?

L’adjoint est un salarié. Le titulaire peut avoir différents chapeaux, mais ce serait trop long pour ce post. L’intéressement aux ventes est assez secret, mais pratiqué sur la parapharmacie, voire les sorties de génériques pour certains. Il existe aussi un intéressement sur la progression du chiffre d’affaires, parfois. Mais ça ne doit pas influencer la pratique. Conseiller une crème à  forte marge plutôt qu’une autre, c’est réfléchir à l’envers, exposer les gens à des risques. Parler efficacité clinique, c’est la seule chose qui doit ponctuer l’interrogatoire. Après, il existe bien entendu des produits à  efficacité égale et marge supérieure.

marixa ‏@mariexavier  est ce qu’il peut dire honnêtement à un patient que la moitié de son ordonnance ne sert à rien à part lui donner la nausée?
Il est même malhonnête de ne pas le reconnaître. C’est là où l’on peut agir, où notre profession a un sens, de plus. On ne va pas rayer les lignes sur l’ordonnance, mais en parler avec médecin et patient pour réévaluer la nécessité de chaque produit. Dans un monde idéal. C’est souvent un peu plus sport d’expliquer que tel produit est plus nocif qu’efficace mais c’est une partie du boulot que j’aime bien.
marixa ‏@mariexavier  est ce qui lui arrive d’appeler un médecin pour lui dire que 2 pages de prescriptions à 90 ans, c’est n’importe quoi?

On n’utilisera pas ces mots, au risque de voir le téléphone imploser. Mais on y va souvent la fleur au fusil, la truffe au vent, tout plein de bonnes intentions. Si le médecin a effectivement mis une tartine imbuvable en guise d’ordonnance,  c’est que le dialogue risque d’être peu productif. Comme il est censé avoir réfléchi à ce qu’il a mis, c’est qu’il doit en être plutôt content. Une solution radicale est parfois trouvée : changer de médecin. Si bien sur il y a danger. Si c’est une erreur ou que la situation évolue, c’est que la relation est constructive.

estelle ‏@parceq1shopping  avez vous des cours de déchiffrage d’écriture de médecin pendant vos études ??

Non, on apprend exclusivement sur le tas. Soit pendant les études, en travaillant comme étudiant en officine, soit encore après, lorsque l’on est lâché dans le grand bain post-diplôme. Rassurant n’est-ce pas ? Pour édulcorer un peu mon propos, sache que nos connaissances nous permettent souvent de faire le lien. Pour le reste, on se doit de développer un sixième sens. Et ceux qui n’y arrivent pas finissent généralement par aller plus au golf, pour oublier.
estelle ‏@parceq1shopping  êtes vous obligé de porter des blouses si moches??
Tu as parfaitement raison de parler de ce problème. Cet outil vestimentaire nous sert surtout à éviter que la poussière ne se déposent sur les magnifiques vêtements que nous cachons. Parures dorées, pantalons en cachemire et chemisettes de soie, le plus généralement. J’ai cru voir que des modèles différents des classiques étaient proposés, parfois. J’ai encore un peu de réticence à porter du rose fuchsia ou du vert pomme. Et j’aime porter la blouse ouverte, pour des effets de mouvements quand je cours après un patient ayant oublié sa carte vitale.
Lulupette ‏@lulupette que faites vous des capotes périmées alors ?
Problème essentiel de santé publique. Dans le rare cas où cela arrive, notre équipe entière se mobilise pour les distribuer rapidement, au meilleur prix, à des lycéens passant par là. Ils ont ainsi un préservatif de presque bonne qualité, pour un prix médiocre. Une bonne affaire.
Lulupette ‏@lulupette C’est pas trop chiant les champignons ?? Parce que quand je vois les étudiants réviser…

Non, du tout. C’est facile, instinctif et ça ne s’oublie pas. Surtout que la cueillette ressemble étrangement aux photos des livres, pour une reconnaissance optimale. Un champi blanc est noir en vrai, car pourri. Et un champi noir est noir, pourri ou non. Et, de toute façon, cela a toujours été une passion chez moi.

SophieSF ‏@sophiesagefemme es-tu obligé de t’y connaître en champignons ou pas? 😉 (si titulaire ou employé, pareil sur ce sujet ?)

Oui. Ou plutôt, qui d’autre que le pharmacien peux-tu aller voir pour les champis ? Car l’expertise dans ce domaine n’est pas courante. On est formé à la mycologie tout au long du cursus. Cependant, une fois en officine, il y a ceux qui oublient et ceux qui continuent de se former. Donc un pharmacien mordus de champignons indique un bon savoir dans ce domaine. Généralement, pour ma part, quand j’en reconnais un rapidement, j’appelle mon père et ma mère pour qu’ils sabrent le champagne.
efevre severine ‏@seasevandsun vous connaissez vraiment tout les noms des médicaments et leurs…effets, action…??
Là, tout à fait sérieusement, je peux dire que oui. Surtout que si ce n’est pas le cas, on peut toujours bluffer, dire qu’on avait mal compris la question, regarder dans la base de données, lancer une boîte au fond de l’officine pour couper court la conversation, appeler son titulaire en pleurant, continuer à regarder les sms sur son smartphone, dire « mouais, peut être, mais je ne suis pas sûr de ce que vous me dites ». Donc oui, nous sommes des bibles.
Docteur_en_pharmacie ‏@Pharmacoclin  Quelle est la proportion de POFs tapant des médocs à leurs voisins car ils n’en ont pas chez eux ?
Tous. Les plus petites officines le font souvent, les plus grosses le font parfois, mais toutes vont se dépanner chez le voisin. D’où le problème du choix des dépanneur/dépanné, car les relations de voisins pharmaceutiques ne sont pas toujours bonnes. Te voilà obligé de courir toute la ville pour une malheureuse boite. Des instants sympas, comme tu dois le connaître.
Jaddo ‏@Jaddo_fr  En combien d’ordonnances décidez-vous si un médecin est nul ou bon ?
Je dirais une seule. S’il a mis plus de deux médicaments sur celle-ci, c’est qu’il est déjà un peu en sursis, nous obligeant à chercher des interactions. Plus de dix ordonnances, pour des pathologies classiques, nous permettent déjà d’établir une liste des médicaments favoris du médecin. À nous de faire ensuite l’analyse des bons ou mauvais médicaments prescrits selon la situation. Après, si la première ordonnance contient une molécule « toute pourrie », on a guère d’espoir pour le futur. Mais c’est souvent plus complexe. Si c’est un homéopathe, je m’oblige à être intransigeant : c’est nul. Une jeune interne qui a mis sa photo sur l’ordonnance : ça n’arrive jamais, mais j’espère encore.
Et pis ta fête ‏@Epitaf_ Me le dirait il s’il pensait que je prenais un ttt depuis trop longtemps ?
Oui, c’est aussi pour cela qu’une certaine fidélité officinale est intéressante. Cela nous permet de suivre l’évolution d’un patient, avec ou sans médicaments. On a ainsi plus de données pour le prendre en charge et discuter avec le médecin. Une hormonothérapie trop longue, un sevrage un peu difficile. Tout cela sera mieux géré. Et je ne parle même pas de ton traitement pour les bouffées de chaleurs, hein, Melle.
PafLeLapin ‏@PafLeLapin Quelles sont les conditions qui peuvent l’amener à donner un médicament soumis à prescription à qqn qui n’a pas d’ordonnance ?
Ah! Et bien, à la base, c’est strictement hors la loi. Dans tous les cas. Même la Ventoline°, voire l’adrénaline pour le choc anaphylactique. Comme le côté légal est souvent bien loin de la pratique, il faut nous adapter. Le titulaire a tendance à poser les bases, libre à nous de les remodeler au besoin. On se fait engueuler pour cela, mais on évite des aberrations cliniques. Donc chaque situation est différente pour un dépannage (voir https://pharmaciencomprime.wordpress.com/2012/10/11/les-mains-dans-le-cambouis/ ). Sache que le Viagra°  fait partie des restrictions, même pour les lapins.
Selina Kyle ‏@MademoiselleAA   « va-t-il émettre un jugement personnel à la vue de mon ordonnance ? »
Bien sur. C’est même une des nécessités du travail de pharmacien pour moi. On se doit de voir l’ordonnance dans son ensemble. Et le jugement personnel est constitué de toutes les ordonnances préalablement vues pour une même situation clinique notamment. Donc ma vision personnelle de l’ordonnance va me permettre de savoir si c’est correct pour le patient. Mais je ne juge pas le prescripteur. Seulement le bout de papier que j’ai en main. Sauf si c’est une infirmière qui y a inscrit son numéro. Mais cela ne nous regarde pas.

Le pharma, tu l’aimes ou tu l’aimes.

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8 réponses à “Définition

  1. Je l’aime!
    Et alors pour discuter avec le médecin, c’est vrai que c’est assez pourri quand même. Moi quand une pharmacie appelle, je me demande d’abord ce que j’ai fait comme connerie et si je vais trouver un truc pour substituer au produit manquant sachant que mes connaissances sont parfois limitées à un produit pour une pathologie (genre kétoconazole pour un pytiriasis versicolor). Et là je trouve rarement écho à mes interrogations, en général la personne attend au bout du fil que je fasse une pêche miraculeuse dans mon cerveau vieillissant ou sur le Vidal en ligne… Ceci est certainement lié en grande partie au fait que la plupart du temps ce n’est pas le ou la pharmacienne qui appelle personnellement mais La pharmacie, alors évidemment, c’est comme si ma maison m’appelait pour que j’aille chercher les enfants, elle ne pourrait pas y aller à ma place (elle n’a pas de jambes).
    Je propose donc d’organiser des rencontres avec les pharmaciens pour travailler ensemble. Un voyage sur l’île aux belles eaux m’irait assez d’autant qu’il paraît qu’on va être super riche sur le dos des secteur 2, mais c’est un autre débat.
    Sinon,Tu as une jolie blogroll, bien qu’un peu vide.
    A bientôt j’espère, j’ai le cœur qui rit encore à te lire!

    • Merci trop plein! Oui, c’es vrai qu’il faut un vrai dialogue, des deux côtés. Si on appelle sans réfléchir, en attendant le coup de baguette magique, il arrive peu souvent. Et c’est tellement agréable quand ça passe tout seul, tels deux copains de bistrot qui choisissent une nouvelle bière. Pour le séjour lointain, j’appelle les labos de mes nombreux conflits d’intérêts pour le financer.
      La blogroll est courte en effet et j’ai le malheur de t’avoir oublié. Réparation immédiate.

  2. Bonsoir,

    Mon petit commentaire de pharmacien au sujet des ordonnances de deux pages pour un sujet de 90 ans.

    Je vais défendre nos petits camarades médecins, pour une fois. On arrive à de telles ordonnances par ajouts successifs, par accumulation de strates qui s’empilent les une sur les autres. C’est critiquable, mais difficilement évitable.

    Les donneurs de leçons qui vouent aux gémonies les prescripteurs de ces ordonnances se gardent bien de proposer une méthode infaillible pour diviser par deux le nombre de lignes de la prescription en une fois sans totalement déstabiliser le fragile échafaudage. Je ne dis pas que c’est impossible, mais qu’il faut bien plus d’expertise pour le faire que de le crier sur les toits.

    Rémi, pharmacien en fin de garde de dimanche

    • Bonsoir!
      Le problème est justement l’empilement. Je ne suis pas médecin et je ne peux répondre pour eux. Cependant, pour moi, le cas d’une ordonnance de deux pages est représentatif d’une accumulation de strates avec probablement peu de réflexion. Ajouter des médicaments à une liste préalablement réalisée par un autre médecin ne justifie pas de ne pas analyser celle ci. On devrait alors se limiter à une ordonnance sans questionnement, si on applique cette vision au pharmacien ?
      Par observation indirecte, nous voyons, plus ou moins bien, ces situations quand l’ordonnance arrive au comptoir. Toutes les longues ordonnances ne sont pas à jeter, mais toutes ne sont pas justifiées. Discuter avec le médecin en premier lieu permet parfois/souvent de faire avancer la prise en charge, qu’on ait tort ou raison. Supprimer un ou pls médicaments, alerter, oui, je ne m’empêche pas de le faire. Jamais seul, dans mon coin, sans en parler avec le patient et le médecin. Le faire en une fois, je ne l’ai point annoncé. Je ne suis pas un grand adepte de la longueur thérapeutique, c’est certain.
      Ce texte n’est pas un cri, tout comme le but de ce blog. J’y pose mes pensées, pas des solutions. Mais échanger est toujours constructif.
      Bonne soirée

  3. Bonjour,

    Je lis ta réponse et relis ma contribution.

    Dans un premier temps, il me semble nécessaire de préciser que celle ci ne te vise pas spécifiquement, mais a une portée très générale.

    Dans le bruissement médiatique entretenu autour du livre des Pr Debré et Even, il s’est trouvé beaucoup de donneurs de leçons pour commenter l’intérêt de nombreux médicaments, et pointer ces ordonnances « au kilomètre ». Mon propos est de dire qu’il est assez facile de tenir un tel discours qui revient à enfoncer une porte ouverte. Ce que je remarque pour l’avoir vérifié plusieurs fois, c’est que quand on demande à l’intéressé ce qu’il faudrait retirer de la dite prescription, les réponses sont tout de suite moins affirmatives, moins assurées. Construire involontairement un équilibre précaire, c’est assez facile. Le déconstruire, sans tout faire s’écrouler demande bien plus d’expertise.

    Que faire alors ?

    Comme tu l’indiques, nous pratiquons tous un échange régulier avec les prescripteurs de notre environnement proche. Là où cela devient plus problématique, c’est quand un client non régulier ou de passage nous remet une telle ordonnance. Pour ces personnes, c’est le pharmacien « habituel » qui sera le plus à même d’intervenir sauf s’il y a une interaction qui ressort de l’analyse des diverses ordonnances traitées par le premier pharmacien.

    Pour synthétiser, je dirais donc qu’il vaut mieux éviter les empilements de médicaments et tu expliques bien quelle part tu y prends. Avec l’arrivée des « nouvelles missions du pharmacien », une nouvelle interaction avec les médecins va pouvoir se développer : la maîtrise de ce type d’ordonnances. Je n’ai aucune idée de la façon dont l’Assurance Maladie va agir à ce niveau, mais je pense que tu seras d’accord avec moi pour dire qu’un vaste chantier s’ouvrira le jour où cette démarche sera officialisée.

    Cordialement,

    Rémi, qui a dormi depuis sa garde ;-p

    • Nous sommes donc sur la même longueur d’onde.
      J’espère comme toi que l’évolution du métier va aller dans le sens de prises en charge réfléchies, sans ajout de contraintes économiques. Nous verrons cela rapidement, peut être.
      Bon lundi^^

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