Rattrape moi si tu peux

L’excellence est mère de sûreté.
La régularité est forcément récompensée.
Voici le genre de phrases qui  me font doucement rire. Rire intérieurement.
Mes études sont terminées, achevées, finalisées. Il m’a fallu déjà un peu de temps pour l’enregistrer. Moi, en tant qu’étudiant, je n’ai jamais vraiment été fini.
Les années d’études qui composent mon « parcours » se sont succédées sans lien, sans volonté particulière de ma part.
Passée la première année, nous débutons un cursus tout à fait différent du concours. Mais l’objectif final reste tout de même assez similaire : valider.
Valider quoi ? des connaissances, des aptitudes ou un réel apprentissage du métier ? Autant de questions que je ne me suis jamais posé à cet instant. Foncer tête baissée, cela ne va qu’un temps.
Le temps de la deuxième année, au moins.
Entre les sorties, la copine, les potes, le sport et le début de la vie hors du cocon familial, il ne restait que peu de place destinée aux études. C’est le schéma que j’avais instauré, rajoutant le « samedi-pharmacie » pour les sousous.
On est loin de l’exemplarité. Une habitude personnelle.
Cette année se passa comme un bon film que l’on apprécie entièrement, tout en connaissant la fin. Les rattrapages m’attendaient donc. Deux semestres composés d’une grosse dizaine de matières.
Les résultats tombent. Rien de catastrophique, selon ma vision d’étudiant dénué de toute conscience pour le travail. 8 matières à repasser sur 12, avec un petit 8,3 de moyenne. Je n’ai pas glané le record cette année là. Jamais d’ailleurs, ayant des potes bien plus performants pour atteindre les abysses.
Les rattrapages, ça permet de prolonger un peu les rencontres avec les potes avant les départs estivaux. Sauf que l’on se retrouve à la BU, pour varier un peu. Les pauses s’entrecoupent de séances de travail. Se décider d’aller manger devient une tâche demandant au mois trente minutes de préparation. Quitte à prolonger la réflexion ensuite à la cafétéria.
Un instinct de guerrier. J’ai oublié mon épée.
Un regard jamais détourné de la victoire. Je suis myope.
Arrive le jour J, voire plutôt la semaine S, au vu du nombre de matières à repasser.
Les maths, l’informatique, c’est déjà OK.
L’anatomie couplée à la physiologie humaine m’ont permis de remettre mon cerveau en place, là-haut. L’épreuve se passe. Se passe bien.
J’enchaîne sur les différentes matières, par étape :
  • Biochimie : nasal. Je me demande ce que je fous là.
  • Chimie organique : activation du cerveau nécessaire, en plus des incantations à Chuck Norris. Si je tourne la molécule un peu à gauche, la chiralité est elle bien présente ou faut il que j’aille chercher l’autre con de stéréo-isomère S ?
  • Chimie générale : le prof est sympa = j’ai peu révisé. La chance a fait le reste.
  • Chimie analytique : il y a donc un mec qui s’est levé, un matin, pensant rendre service à la communauté en inventant des méthodes de dosages imbuvables avec des éprouvettes virtuellement plus ou moins vides, selon les actions des robinets au dessus. L’esprit chiant de cet homme s’est d’ailleurs propagé jusqu’à notre époque chez tous ses descendants, dont les enseignants responsables de cette matière. Je me suis accroché au bord de l’éprouvette. Ouf.
  • Physiologie végétale : Une autre de mes passions. En biologie animale, je considère qu’un oiseau = un moineau. Je suis nettement plus précis dans le domaine végétal. Un arbre = un chêne, voire parfois un bouleau. Le cycle de Krebs est passé par là. Zou.
Arrive la mycologie.
Vous avez cerné mon goût pour la biologie animale et la botanique ? Et bien les champignons sont placés encore après. La joie de ce rattrapage est décuplée : c’est un oral.
Je sais que je passe après L et avant F. Soit deux collègues du même acabit que moi. Cela se jouera à « qui sera le moins pire? ».
Tirage du sujet : « les ascomycètes ». Le bon côté de ne rien savoir, c’est le nivellement de la difficulté des sujets. Rien ne dépasse le vide galactique de mes connaissances.
Je m’installe, pendant que L blablate. Passe trente secondes. Je suis à la limite du fou rire.
L est grandiose. Il vient notamment d’attribuer la découverte de la pénicilline à Pasteur, avec cet aplomb qu’on lui connait. RIP fleming.
Je mets mes boules quiès, sinon je suis fini.
Vient mon tour.
Le prof est un gentil. Il le sait. Il sait que je le sais. Son assistante est aussi présente, pour le fun.
Quelques questions, peu de réponses, je me dépatouille, aussi agile qu’un cochon dans de la boue.
« Citer moi des ascomycètes comestibles. » Moi : »La truffe! »
J’ai un bon point. Mais je n’en connais pas d’autre. Et son regard me signifie qu’il veut un deuxième mot, une autre espèce.
Je suis à un champignon de la troisième année.
Début du spectacle.
Le prof : « Gare au. »
Moi, grands yeux ouverts, les oreilles au vent. L’assistante explose de rire.
Je sens qu’on veut m’aider. Je suis pourtant si loin. Il me faut plus de corde pour remonter à la surface. Je tends les bras au travers de mon regard.
Le prof : « Ben alors, gare au…? »
L’assistante a fait l’équivalent de 234 contractions abdominales. Je bave d’incompréhension.
Le prof : « Quand même, c’est facile! »
Putain, bordel, merde, connerie de chiotte, cherche cherche cherche….King kong m’apparaît.
Moi, dans un cri de souffrance : « GARE AU GORILLE! »
Il m’a fallu attendre quelques instants pour constater qu’ils attendaient ensuite « la morille », afin de rester un peu plus dans le domaine du mycologue.
Fin de la représentation.

Semaine terminée, je me suis fait rattraper.

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s