Bonjour, je viens pour l’annonce…

L’étudiant en pharmacie, chanceux comme il est, a la possibilité de travailler assez rapidement, notamment pour apprendre à dominer sa future population fétiche: les petits vieux!
Seul petit accroc à cette vision paradisiaque, le recrutement est bien loin de l’expertise pharmaceutique du candidat.
P2 tout frais (deuxième année de pharma), la recherche de mon premier job est lancée, faute de sousous. Une jolie annonce : »recherche étudiant pharmacie pour les samedis ». J’arrive, la bouche bien souriante, le poil dans le vent.
« Bonjour, c’est moi, je suis gentil. »
2min30 plus tard, me voila embauché. Nul doute que j’ai cru à cet instant que mon profil (vide) avait fait toute la différence.
Légalement, en P2, on ne touche pas au comptoir, c’est à dire que le patient n’a pas la joie de voir votre tronche de minet. Tant mieux pour lui, vu que vous ne savez alors pas comment fonctionne le paracétamol, vu l’état de vos connaissances (le néant est plus rempli).
Zou, premier samedi, on m’annonce que je vais faire du comptoir. Arf, bon ben let’s go.
Pas que je sois dangereux comme garçon à la base, mais sortir des médicaments sans savoir à quoi ça sert, comment les prendre, et si ils peuvent aller ensemble, c’est juste complètement con.
Imaginez vous devant des legos, des playmobils et un tableau à 2ans, et qu’on te dise « vas y, fais nous des lasagnes! ».
Autant vous dire que je n’ai souvenir d’aucune boite et d’aucune délivrance que j’ai faite cette année là. L’équipe était cool et encadrante mais je n’ai rien retenu, si peu appris. Juste savoir gérer les humeurs des patients.
Été de la P3 (troisième année, vous commencez à connaître), je suis légalement apte à être au comptoir. Direction le soleil! Bon, j’ai eu le poste par piston « copine de la fille de la meilleure amie de ». Pas très fier de moi.
Je domine un peu plus mon sujet.
Les grands crus de cette année montrent que j’ai encore quelques détails à corriger :
– Travailler l’empathie :
 « ça sert à quoi, ce médicament ? le médecin m’a dit que c’est pour Alzheimer, ça m’a fait pleurer. »
   ouioui, c’est bien ça, c’est pour Alzheimer. Forcément, elle a pleuré.
– Ne pas oublier sa tête : « j’ai laissé l’injectable sur la paillasse, c’est pour qui? » -> à mettre au frigo. il est resté tout le weekend dehors trankilou, 1300 euros in the chaussettes.
– Ne pas sortir une sonde de stimulation périnéale sur le comptoir (même si toute femme possède un vagin, les autres ne doivent pas le savoir).
Été de la P4, redirection la playa. Le recrutement s’est passé par téléphone, personne ne s’est vue, ne se connaît. Une habitude en pharmacie. J’ai rarement trouvé aussi facilement du boulot que pendant mes études. Une fois diplômé, c’est autre chose.
Plus qu’apprendre sur le médicament, j’ai appris à vendre. Beaucoup et facilement. La réunion de pré-saison n’avait pas pour but d’évaluer nos connaissances sur l’interaction statines-macrolides, ou de savoir si on maîtrisait nos cytochromes P450.
Une entrée dans la pharmacie, un nombre de produits. Je n’ai jamais apprécié ce type de planification.
La saison passe, se passe bien.
S’en suivra deux années supplémentaires pour finir ce cursus fantastique. Pharmacien.
Recherche de boulot. Quelques entretiens.
Etant donné les postes que je vise (adjoint, remplaçant), je sais que des responsabilités légales seront de la partie. Je suis donc béton sur les médicaments, leurs limites, leurs utilisations et la loi.
Je suis déçu. J’ai trouvé un boulot, là n’est pas le problème et ne le sera probablement jamais. Mais je n’ai pas une seule fois dû répondre à une question dite technique, pharmaceutique voire pharmacologique, lors de ces embauches.
Je m’étais construit l’idée que le diplôme de pharmacien validait une certaine expertise, qui devait servir aux patients.
Plantage complet.
« Vous connaissez les gammes Boutons, Peau-qui-tire et Fesses-rouges ? » trèèèèèès bien.
Le travail en officine est encore loin de mon idéal, donc j’ai changé de boulot.
Sûr qu’il existe des pharmacies où le médicament supplante la crème à maman. Mais si peu.
Il ne me reste plus qu’à espérer.
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6 réponses à “Bonjour, je viens pour l’annonce…

  1. Comme j’aurais aimé avoir dans mes correspondants un pharmacien comme celui que tu veux être… Merci à toi.

  2. Hello ! C’est vrai que les embauches peuvent aller vite en officine… Et qu’on se sent super fier, exceptionnel, vraiment compétent. Pourquoi nous avoir embauchés sinon ? Bon, ben en fait y’a des tas de raisons (qu’on ne découvre qu’après).
    J’ai quand même eu droit une fois à un test sur mes connaissances pharmaceutiques : le titulaire m’a ouvert un tiroir et m’a demandé si je savais à quoi servaient les médicaments.

    • Le test du tiroir^^ Jamais eu encore. Heureusement que certains ont des prérequis de ce type quand même.
      J’ai du mal avec la mise en avant de la parapharmacie par rapport aux médicaments. Ça doit être mon côté jeune vieux con.^^

    • Ben disons que quand on apprend pendant 6 ans qu’il faut être super vigilant, qu’on peut tuer des gens si on fait pas gaffe, et qu’on croit qu’on va sauver le monde derrière son petit comptoir, on ne s’attend pas à devoir vendre du shampoing…
      C’est super décevant.

  3. Si ça peut te rassurer, il existe bel et bien des pharmacies où le médicament est mis en avant et la parapharmacie secondaire, j’y travaille depuis 2 ans et c’est le pied, c’est exactement la vision que j’avais du pharmacien et qui est la tienne aussi ! Ne désespère pas !

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